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«Kiara,
Je sais qu'en cet instant tu dois me haïr. Je te connais assez bien pour savoir que tu n'ouvriras peut-être jamais cette lettre, que tu la broiera certainement dans ton mixer ou que tu la laissera se consumer dans ta cheminée de rage contre moi, et à vrai dire je te comprends. Mais au cas où il te viendrai l'idée de la lire, je t'écris quand même se qui s'est passé, et tout ce que j'ai sur le coeur depuis bien trop longtemps déjà.
Ce soir là, maman et papa se sont disputés au sujet de Nathan. Tu sais que d'habitude, ils s'attribuent toujours la faute avec leurs «C'est a cause de moi, je n'aurais jamais du partir en course» et blablabla. Mais cette fois, c'était le contraire... Ils se rejetaient toujours la responsabilité, et au bout d'un quart d'heure, papa à donné une énorme gifle à maman. Alors elle est entrée dans un accès de rage terrible, à retourner toute son armoire et la mienne sans que je comprenne pourquoi sur le coup, puis est allée chercher des valises et a emporté tous ce dont on avait besoin. Elle a pris sa carte de crédit et du liquide, et elle a claqué la porte derrière nous deux après avoir informer mon père que par sa faute il ne reverrait plus jamais ses deux fils.
Je me rappelle de l'orage qui éclatait dehors, des éclairs blancs qui zébraient le ciel, et je me souviens avoir espérer que la météo l'empêcherait de m'éloigner de toi... - à cet endroit là des larmes avaient coulées, se mélangeant aux miennes qui brouillaient les mots et diluaient l'encre... - Je me rappelle aussi avoir espéré qu'aucun taxi ne nous prenne, je me rappelle combien mes vêtements étaient trempés cette nuit là, je sais aussi que j'ai repenser à la journée que nous venions de passer, et avoir eu peur que ton odeur sur moi sois diluée par la pluie...
Est-ce que tu t'en souviens, toi, de nos éclats de rires? De nos larmes versées ce jour là parce que la vie était belle? Des millions de baisers égarés par erreurs, ceux qui n'ont jamais vu le jour parce qu'on savait que l'amitié se finit souvent en amour, mais l'amour jamais en amitié? Dis, est-ce que tu te souviens?
Parce que moi, jamais je ne pourrais oublier... Oh si tu savais combien de fois j'ai eu une envie folle de t'embrasser, de rouler tous les deux sous le soleil qui nous tuerai de jalousie, de t'aimer jusqu'à en crever, de respirer ton odeur jusqu'à ce qu'elle m'en emplisse la tête et m'enivre, de te regarder jusqu'à fixer ton image sur ma rétine pour des millions d'années encore... Mais ces mots, je suis sûre que tu n'en veux pas, pas comme ça, pas maintenant, pas après que je sois parti et qu'il ne soit même pas sûr que l'on se revoit un jour.
Alors je laisse l'histoire de ma vie en suspens, je plonge mon regard dans les ténèbres pour avoir encore une image de toi comme une lueur d'espoir en attendant le jour où je te reverrais...
Oh, j'ai bien essayer de reproduire ta présence dans mes rêves, mais les rêves ne sont que des pâles imitations de la réalité... J'ai acheté ton parfum, mais l'odeur de ta peau ne s'y mélangeait pas, j'ai regardé nos photos, mais chaque ride de tes lèvres me manquaient et n'apparaissaient pas sur ces simples souvenirs de papier, j'ai essayé de pénétrer ton regard sur ces millions de petits points de couleurs, mais je n'y voyait pas ces petits points qui pétillaient dans tes grands yeux d'opales, dans cet océan où j'avais envi de me noyer...
Je suis désolé, désolé que l'on ait pas eu le courage de se dire tout cela avant... tu est à quelques centaines de kilomètres de moi, et pourtant j'ai l'impression d'être sur un autre monde...
Quand je marche seul dans la rue et que tout le monde à côté de moi m'ignore, qu'ils parlent en ne savant pas l'enfer que je vis, j'ai envie de tous leur crier de fermer leur gueules qui ne disent rien que des choses sans importance...
Je suis dans un nouveau collège, tu sais, à Paris, cette si grande ville où personne ne fait attention à ceux qui crèvent sous les ponts avec le peu de dignité qui leur reste, et mon « petit » Marseille me manque, avec son soleil et sa bonne humeur... Ici tout est aussi gris que mes pensées, et de la pluie coule sur les fenêtres de mon petit appartement au quatrième étage...
La seule chose pour laquelle je suis heureux d'être parti, c'est que je connais enfin la définition du mot «absence»...
J'aurais aimé te le murmurer dans l'oreille, tous les deux face au soleil couchant, mais la vie en a décidé autrement: Je t'aime.
Yann »
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